💧Carnet(s) d’eau – Flâneries estivales #3
- clothildedutry

- 7 août 2025
- 2 min de lecture
L’eau salée
Il y a des eaux qui se cachent, d’autres qui tombent. Et puis il y a celles qui s’ouvrent. Celles qui appellent. L’eau salée, tendue entre deux vents, sous le ciel sans contours. Ici, rien ne retient. Tout s’étire. Tout s’offre et se retire, comme une respiration ancienne.
Le littoral n’est jamais calme. Il bruisse, il griffe, il joue. Il exhale.
Le sel s’accroche à la peau, à la langue, aux paupières.
Les cheveux deviennent algue, les lèvres s’assèchent. Le souffle est toujours un peu plus court, chargé d’embruns et d’air iodé.
On arrive à pied, souvent. Le long d’un sentier côtier, caillouteux, bordé d’oyats et de pins tordus. On entend d’abord le roulis, puis on aperçoit l’éclat – cette ligne bleue, tendue jusqu’à l’horizon. Parfois turquoise, parfois d’acier.
La mer n’a pas une seule humeur. Elle frissonne sous le vent, elle clapote contre les rochers, elle mord la grève. On s’approche. On inspire profondément. C’est l’odeur de la vie, et peut-être de la fin : salée, animale, organique.
Plonger ici est différent. Il n’y a pas la pureté des vasques ni la douceur des rivières. Il y a le sel, la morsure, la poussée. Le corps flotte, mais lutte aussi. Il devient proie du courant, des vagues qui soulèvent, recrachent, emportent.
L’eau pénètre les narines, s’infiltre dans la gorge, pique les yeux. Le goût est fort, presque acide. La peau se tend, les plaies picotent.
Et pourtant, on y revient toujours. Parce que dans cette eau immense, il y a un retour au monde. Un vertige doux, une perte de repères qui nettoie l’âme. Nager au large, c’est accepter de ne plus savoir où finit le corps.
Il y a les criques bretonnes, cernées de granite, aux reflets d’étain. Les calanques méditerranéennes, où la roche s’effrite dans l’eau claire, tiède et coupante. Et puis les plages atlantiques, droites, battues par les vents. Chaque mer raconte un autre rapport à soi.On en revient salé, froissé, rincé. Avec du sable sous les ongles, du vent dans les os, et un silence dans les tempes. L’eau salée ne demande rien. Elle prend. Puis rend autre chose, sans qu’on sache quoi. La mer est une mémoire fluide.
Elle ne retient rien, mais rappelle tout.
C’est peut-être pour cela qu’on l’aime tant : elle nous dissout doucement.












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